LETTRE DE BALTHAZAR (24)
de Puerto Williams (Canal de Beagle, Chili) à USHUAIA (Canal de Beagle, Argentine)
du Jeudi 16 Décembre 2010 au Samedi 1er Janvier 2011
Nous sommes bien ce Jeudi soir 16 Décembre dans cette atmosphère chaleureuse et simple du Club Naval de Yates Micalvi, dans un cadre rustique chauffé par un poêle à bois. Les marins chevronnés qui sont là sont modestes et respectueux des forces de l’Océan. Ils arrivent d’Auckland, d’Afrique du Sud ou d’Europe et échangent leurs expériences ou leurs informations. Il n’y a place pour aucune ostentation ou forfanterie. Ils et elles sont vraies.
Nous trinquons avec plaisir en se présentant aux uns et aux autres en toute simplicité la connivence étant déjà établie, heureux, en particulier JP et Maurice, d’avoir retrouvé Mimiche et Dany leurs compagnes arrivées en avance il y a quelques jours en compagnie d’Alain et Anne Saniez par le ferry de Punta Arenas, à travers le détroit de Magellan, les canaux de Madalena, Cockburn et Beagle. Nous faisons connaissance d’Alain et Anne, couple fort sympathique et expérimenté, rencontré sur les pontons de Salvador de Bahia par Mimiche attirée par l’immatriculation Nantaise de leur voilier Hanse UHAMBO, qui vivent après une vie active bien remplie (Alain dirigeait la construction d’installations nucléaires, notamment en Afrique du Sud) près de la moitié de l’année sur leur bateau en parcourant le monde. Ils sont venus le retrouver à Puerto Williams où ils l’avaient laissé en Avril pour le déshiverner et reprendre à leur rythme l’exploration approfondie des canaux de Patagonie.
Si le plancher du Yacht Club le plus au Sud du monde est en pente, ce n’est pas l’abus du Pisco (boisson nationale Chilienne, autre version du Ti’Punch ou de la de la Caïpirina) ou l’effet d’un quelconque mal de terre qui en sont la cause mais le fait que ce club géré (comme tout à Puerto Williams) par l’Armada chilienne est installé dans un ancien bateau de transport (qui a transporté des armes allemandes puis a assuré pendant des dizaines d’années la desserte et l’assistance de ces régions isolées du Chili) échoué volontairement là à la fin de sa vie dans cette petite anse très protégée, entourée d’arbres et de montagnes. Les robustes voiliers, taillés pour les mers du grand Sud, dont ADA 2 d’Isabelle Autissier, sont blottis là à couple de ce vieux petit rafiot qui, dans sa dernière mission d’assistance et de soutien logistique leur fournit comme une mère poule l’eau et l’électricité.
Nous y apprenons que l’ouragan que nous avons subi le Lundi 13 Décembre a mis à la côte un voilier charter polonais : le skipper et le second sont morts arrachés et tombés à la mer, les équipiers rescapés sont à l’hôpital grâce à la chance d’avoir réussi à faire côte sur une plage. Ils n’avaient pas comme nous, là où ils se trouvaient au Sud de l’Isla Nueva chère à Jules Verne, de l’eau libre à courir pour s’échapper à la cape ou en fuite et n’avaient donc aucune chance de s’en sortir. Nous y apprenons également qu’un paquebot de croisière a été en sérieuses difficultés après avoir perdu un de ses deux moteurs. Dans le calme et la détente nous échangeons nos réflexions sur l’impressionnante expérience que nous venons de vivre. J’en retiens quant à moi plusieurs leçons :
- j’aurais dû arrêter le chauffage et obturer l’échappement de la chaudière (j’ai des tapes prévues pour cela) avant que le vent monte à 50 nœuds. J’aurais ainsi évité de noyer la chaudière, de rester deux ou trois jours sans chauffage et d’avoir eu beaucoup de mal à la remettre en route.
- J’aurais dû arrêter l’éolienne également avant que le vent monte à 50 nœuds et l’aurais ainsi sauvée. Elle est maintenant détruite (pas seulement les ailes mais aussi tous les paliers) et doit être remplacée.
- Je ne fixerai plus le bout amortisseur de mouillage sur la chaîne par l’intermédiaire d’une manille, d’un Kong ou autre main de fer mais je frapperai directement le bout sur la chaîne avec un timber hitch ou nœud de bois. Cela aurait évité une opération difficile pour remonter la chaîne et l’ancre à bord, le nœud de bois étant très facile à défaire même après avoir subi des efforts énormes.
- Dans la préparation du bateau pour subir cette tempête nous avions mis des sangles autour du lazy bag et de la bôme pour améliorer sa tenue. Malgré cela l’enveloppe de la grand’voile, faite pourtant de robuste toile, a été déchirée, comme découpée, au droit des sangles. J’aurais dû saucissonner, comme un rôti, le lazy bag avec un bout, à des intervalles très rapprochés (20 cm) pour l’empêcher de battre follement. J’aurais certainement réduit les déchirures.
- Il est dangereux de garder, même bien protégés par des chicanes des orifices ouverts dans une tempête. Le bateau, pourtant souvent couvert d’eau, est resté sec sauf par l’entrée de la conduite d’évacuation de la hotte de la cuisine ! C’est vraiment stupide. Maurice l’a définitivement obturé car nous nous servons très peu de cette hotte. Il faudra que je trouve une solution pour obturer provisoirement, au cours de la préparation au gros temps, le conduit de bonne section de ventilation de la salle des machines qui est lui indispensable.
- Il est bien utile d’avoir à bord comme c’était le cas une girouette/anémomètre de rechange pour remplacer immédiatement celle qui a été détruite. On est très démuni sans ses précieuses informations. La rechange est à renouveler immédiatement.
- Je me félicite d’avoir remplacé ma ligne de mouillage principale par une ligne extrêmement efficace et largement dimensionnée qui a tenu le bateau en sécurité plusieurs heures par des vents de 50 à 70 nœuds et a réussi l’exploit de raccrocher par trois fois et sans se rompre dans ce vent d’ouragan. Si le vent était resté au niveau tempête (force 10) ou violente tempête (force 11) elle aurait « assuré » ce qui est réconfortant pour la suite de nos aventures.
- J’aurais pu éviter que le moteur, bien qu’inutile voire nuisible dans ces conditions, cale en avalant de l’air émulsionné dans le gasoil du réservoir au ¾ vide en le commutant à l’avance sur le petit réservoir en charge (toujours plein) de 70L.
- Le problème principal pour tous les voiliers de la zone archipel du Cap Horn, détroit de Le Maire, jusqu’au cap des Vierges à l’entrée du détroit de Magellan, impactée par l’ouragan a été la surprise de voir se transformer soudain ce qui était annoncé comme un fort coup de vent à tempête en un ouragan. Pour ma part, si je l’avais su, je serais allé m’échouer sur la petite plage tout au fond d’une profonde échancrure dans la baie, et je ne me serais pas fait arracher. Quand j’y ai songé c’était trop tard et je n’étais plus assez manoeuvrant pour remonter ce vent fou. Une autre décision, bien difficile à prendre alors que l’on étalait bien à 50/60 noeuds, aurait été d’anticiper et de larguer le mouillage au bout d’une bouée dans la baie et partir en mer sans être fortement gêné par le mouillage pendant. A 110 nœuds il n’était plus question d’aller à la proue toucher au mouillage sous tension proche de 7 à 8 tonnes. J’aurais évité aussi d’endommager ma ligne de mouillage que j’aurais récupérée ensuite. Mais décider à l’avance de partir en mer dans un ouragan n’est pas une décision évidente !
- La leçon générale à en tirer est que lorsque les fichiers météo Gribs qui sous estiment systématiquement les vents à partir de la force 5, et ceci d’autant plus que les vents sont forts, m’annonceront des vents de 50 à 60 nœuds je devrai préparer l’équipage et le bateau à affronter éventuellement des vents beaucoup plus forts. (majorer la prévision d’un bon 30% à partir de force 7, 50% pour les forces 9 et au-delà sont les corrections que je retiens). Ce qui est aisé à faire à 30 noeuds devient très difficile voire impossible à 70 ou 100 nœuds.
Mais finalement les dommages sont bien minimes pour avoir subi un tel ouragan ; ils seront vite réparés à Ushuaia.
Vendredi 17 en fin d’après midi après avoir attendu que le vent d’Ouest faiblisse nous remontons en compagnie d’UHAMBO le canal Beagle, doublons le phare des Evangélistes pour arriver de nuit tourner nos amarres au ponton unique du fameux club nautique argentin AFASYN à USHUAIA.
Nous y trouvons par chance une place au chausse pied au ponton, l’occupant plus petit la libérant sans hésiter pour venir se mettre à couple d’UHAMBO qui se met à couple de BALTHAZAR.
Nous sommes accueillis par le joyeux équipage de la goélette MAR Y POLES rencontré à Buenos Aires qui sans tarder vient prendre un calva à bord. Guittou le chti a toujours la forme. Ils sont médusés d’entendre notre aventure et nous passons un bon moment avec eux.
Le lendemain matin nous nous étreignons sans mot dire sur le ponton avec Daniel et Joëlle Gazanion d’Ocean Respect. Les 48 heures que nous avons vécu ensemble à travers la VHF ont scellé une relation spéciale et l’émotion est là de découvrir nos visages et faire connaissance alors que nous ne connaissions que par nos voix. Mais l’impression est étrange car nous avons le sentiment en nous découvrant de nous connaître déjà profondément. De tels moments partagés laissent des souvenirs indélébiles. Nous fêtons ces retrouvailles en trinquant le champagne à bord de Balthazar en compagnie d’Alain et Anne qui les connaissent.
Dès le matin Roxanne, une agréable, énergique et compétente jeune femme argentine, qui offre son assistance aux voiliers qui arrivent et qui ont tous quelques travaux à faire, nous trouve un chantier pour remettre en état notre ancre et un voilier pour mettre des pièces au lazy bag et reprendre quelques coutures du génois.
Notre ancre déposée sur le quai avec sa verge tordue à 90° attire tous les marins du ponton, impressionnés de voir une ancre si robuste (elle fait quand même 55 kg) dans un tel état et curieux de savoir comment cela s’est produit. La verge en acier doux s’est tordue avec un rayon de courbure assez grand. Elle ne laisse pas apparaître de criques débouchantes et les connaisseurs, dont Daniel qui a eu un chantier et qui est schipchandler à Port Camargue, nous assurent que la réparation est parfaitement faisable. Effectivement un des chantiers que nous présente Roxanne vient l’embarquer en nous le confirmant. Nous lui demandons de non seulement détordre sous presse à chaud la verge mais de souder sur les joues de la verge deux plaques en acier doux de forte épaisseur pour parer à un affaiblissement éventuel de la verge. Quelques jours après l’ancre est ramenée après un travail d’une qualité impeccable, notamment au niveau des soudures.
Equipée d’un émerillon neuf que je ramènerai de Paris le 31/12 et d’un réa neuf elle va reprendre parfaitement son service. Quant à la chaîne nous étalons côte à côte 30m sur le ponton de la partie qui a subi les efforts et 30m restés dans la baille à mouillage qui ne les ont pas subi. Les marques plastiques tous les dix mètres sont bien en face et la chaîne n’ayant pas d’allongement n’a pas dépassé sa limite élastique. Nous pourrons donc l’utiliser telle quelle. Seul le maillon sur lequel était frappé le Kong a subi malencontreusement un trait de scie à métaux de 2mm de profondeur (le sciage du Kong s’est fait par 30 nœuds de vent par mer forte et de l’eau à 7° à la proue du bateau gîté. JP qui a fait vite et bien cette opération délicate n’était pas sur un établi, Kong saisi dans un étau dans un atelier chauffé !). Je supprime l’effet d’entaille à la lime ronde. Le maillon faible de cette chaîne spéciale à haute résistance (70 hbars) en 12mm aura toujours avec un calcul pessimiste une résistance supérieure à une chaîne neuve classique (40 hbars) de 14mm. Cela reste tout à fait satisfaisant pour BALTHAZAR. Je demanderai ultérieurement au fournisseur italien de la chaîne si ce maillon peut être rechargé et comment.
L’après midi TARA, l’ancien bateau Antarctica de Jean-Louis Etienne, vient accoster le ponton juste derrière nous. Cette très grosse goélette est vraiment impressionnante. Elle est menée par un équipage sympathique composé de marins professionnels et de scientifiques. Sarah, jeune femme océanologue résidant en Nouvelle Zélande en est l’âme et tient le rôle scientifique central. Ils sont engagés dans une vaste campagne sur l’ensemble des mers du monde pour établir à l’aide de dizaine de milliers de prélèvements un référentiel de la vie sous marine microscopique (bactéries, microbes…) qui permettra de tracer son évolution dans les décades à venir. JP, Mimiche, Maurice et Dany, seront invités à bord par Hervé le commandant, après mon départ pour Paris, pour un apéritif suivi d’un dîner fort copieux parait-il, égaillé par l’anniversaire de Vincent, en charge des relations extérieures et de la promotion de TARA.
Nous retrouvons aussi le superbe GARCIA 70 pieds de Christian Péguet, un des anciens directeurs de VINCI, construit à Condé sur Noireau juste derrière Balthazar. Nous échangeons nos expériences et aventures. Il me raconte sa mésaventure à l’entrée du port de Mar del Plata (Argentine) où il a talonné durement sur un banc de sable baladeur et tordu son safran, avec une grosse voie d’eau le palier inférieur monté sur la coque ayant été arraché. Un chantier local a été excellent ; immédiatement remorqué dans une forme de radoub et sorti de l’eau il était remis à l’eau 8 jours après avec un safran parfaitement aligné. Seule une petite fuite d’eau au palier inférieur demeure qu’il devrait colmater sans trop de difficultés.
Le soir la plupart des marins amènent leurs grillades et leurs provisions dans une salle commune du club AFASYN dotée d’un foyer et d’une très grande grille. Les gros morceaux de l’excellente viande argentine s’alignent côte à côte et nous retrouvons ou faisons connaissance dans une chaude atmosphère avec les équipages des voiliers du ponton.
Dimanche 19 Décembre 12h30. Après être sortis d’Ushuaia (petite ville touristique de 60.000 habitants faite de constructions assez simples voire rustiques) nous gravissons en taxi à travers la forêt de feuillus qui la domine une route en lacets qui conduit à l’un des deux départs de remontées pour les skieurs en hiver. Nous nous retrouvons au pied des montagnes encore enneigées chez Manu, sympathique français qui a ouvert il y a une quinzaine d’années dans une construction au milieu des arbres qui surplombe la ville et le canal Beagle un restaurant haut de gamme mélangeant spécialités françaises et argentines. Nous voilà attablés tous les cinq (l’équipage et Mimiche et Dany) devant une superbe baie vitrée nous offrant un panorama superbe de mer et de montagne.
C’est le repas traditionnel du capitaine à l’occasion du départ d’un ou des équipiers. Cette fois ci c’est JP qui repartira après le jour de l’an en cars avec Mimiche à travers la Terre de Feu et la Patagonie. Merci JP, tu as fait un sacré boulot à bord et tu y seras toujours le bienvenu. Ils rejoindront ainsi leur avion à Buenos Aires en une douzaine de jours. Nous apprécions tous, après la cuisine rustique du bord ou des restaurants ordinaires argentins ou chiliens, une cuisine raffinée accompagnée d’un vin argentin excellent.
Demain Lundi 20 je partirai en avion retrouver avec joie Anne-Marie. Nous allons avoir le grand plaisir de passer Noël au Serre en famille, comme c’est la tradition, et pour moi de cultiver l’art d’être Grand Père, pour Anne-Marie d’être Mamie.
Dimanche 31/12 je viens d’atterrir de retour de Serre Chevalier à Buenos Aires et m’inquiète de ne pas voir arriver sur le convoyeur à bagages mon énorme sac marin bourré de pièces et rechanges diverses pour le bateau. Je vois les passagers partir un à un avec leurs valises et me retrouve finalement tout seul avec une autre personne. Je commençais à me diriger vers le bureau des bagages perdus lorsque le rideau de plastique se soulève et que mon gros sac Musto apparaît tout seul et intact. Ouf ! il contient en effet des pièces indispensables pour appareiller : des émerillon neufs (et modifiés) pour le Génois et le Solent, l’émerillon neuf de liaison ancre/chaîne, un réa neuf pour le davier de l’ancre, des rechanges diverses et variées pour un total de 22 kg. Je prie maintenant le ciel pour passer sans accrocs la douane qui, à Buenos Aires, scanne chaque bagage ! Il ne me reste plus qu’une demi-heure pour attraper la correspondance pour Ushuaia en passant police, douane et en changeant de terminal ! Si je déclare les pièces importées j’en ai pour plusieurs heures sinon une journée de paperasses à remplir et discuter le montant des droits de douanes (plus de 60% en Argentine) et je manque mon avion. J’en conclue que je risque l’erreur du douanier et ne déclare rien même si cela peut me coûter en prime une sérieuse amende. J’arrive en cavalant largement dernier à la police et au convoyeur/scanneur de la douane. Une Mamie douanière attendrie par la course échevelée de ce septuagénaire essoufflé (j’en rajoute un peu) poussant son chariot me fait un large sourire au lieu de regarder son écran. Bingo ! ça passe et j’attrape au vol l’avion d’Ushuaia. Comme quoi l’aventure n’est pas qu’en mer.
Au ponton de l’AFASYN je tombe dans les bras de Fred skipper de Serenity, un joli petit sloop rouge, le troisième larron de notre aventure, qui vient seulement d’arriver deux ou trois jours avant. C’est lui qui en a le plus bavé et je lui tire mon chapeau d’avoir réussi à faire face à ce qui est très probablement sa pire expérience en bateau. Lisez bien :
- dérapage le premier un couple d’heures avant Ocean Respect et Balthazar de la baie Thétis sous les coups de boutoir de l’ouragan
- couché par les terribles rafales il reste de très longues minutes le mât dans l’eau. Il m’a confié qu’il a eu le net sentiment que Serenity n’arriverait pas à se redresser
- choqué il part comme nous à la cape mais n’arrive pas à passer sur la bonne amure et court au NE.
- ses deux bosses d’enrouleurs sont prises dans l’hélice et il n’a plus de moteur
- d’accord pour appeler les secours le bateau envoyé sur les lieux doit faire demi tour à cause de l’état de la mer
- quand l’ouragan passe le lendemain matin il réussit à tout mettre en ordre et à repartir mais il casse une drosse de la barre et doit réparer dans une mer encore très forte pour récupérer sa barre
- quelques heures après alors qu’il doit tirer des longs bords pour refaire de l’Ouest et embouquer le détroit de Le Maire son pilote automatique le lâche rendant problématique les manœuvres de réduction ou augmentation de voilure en étant seul à bord
- il réussit malgré tout à franchir le détroit de Le Maire et à venir s’abriter à la voile dans l’anse protégée de Buen Succeso malgré le vent fort qui est revenu
- il mouille avec son ancre de secours, ayant perdu son mouillage principal
- pendant qu’il plonge en combinaison dans une eau glaciale pour découper les bouts qui emprisonnent l’hélice (ceux qui l’ont fait savent la difficulté de ce travail, les bouts devant être sciés tant ils sont devenus durs comme des barres de fer sous la tension et la compression sur l’arbre) son bateau dérapent lentement sous des rafales à 50 nœuds
- il y parvient quand même et remonte enfin lentement le Beagle pour arriver à Ushuaia après avoir fait une escale de récupération dans un bon abri.
Il fallait être un dur, jeune et résistant pour encaisser et surmonter une série noire pareille. Fred m’a confié qu’il avait eu besoin de plusieurs jours de récupération à Ushuaia pour retrouver la forme.
Comme dit Daniel quand on revient d’une telle épreuve on n’est plus le même homme.
JP et Maurice que je remercie chaleureusement ont beaucoup travaillé pendant les fêtes pour avancer le travail de remise en ordre du bateau. Nous passons le 1 et le 2 Janvier à changer et réinstaller les matériels que j’ai apportés, le gros travail étant le déblocage des bagues des émerillons, la dépose des tambours d’enrouleur des deux voiles d’avant et le remplacement des émerillons, assortis de dégrippage de vis, chauffage au chalumeau, graissages, réglages divers….Sur tous les bateaux les marins s’affairent en tête de mât ou ailleurs pour la maintenance et des réparations. Alain passe en particulier ses journées sur sa chaise pour tarauder et visser dans le mât d’UHAMBO quelques centaines de trous permettant de fixer les rails devant recevoir une voile de cape. Pendant que j’échange mon anémomètre en tête de mât nous pouvons ainsi faire la bavette.
Le soir nous nous retrouvons tous dans la salle commune autour de grillades après avoir pris des apéros chez les uns ou les autres.
Trente ans après les trois compagnons d’aventure de KIM, Daniel, Michel et Claude se sont retrouvés, le quatrième étant malheureusement décédé depuis. Ils nous racontent leur superbe aventure de jeunesse , la construction par eux-mêmes avec de tous petits moyens financiers de leur bateau à Montélimar, leur apprentissage de la navigation, leur départ de Marseille avec une expérience nautique quasi nulle, leurs travaux à Dakar pour alimenter la caisse de bord et parfaire l’équipement de leur bateau, leur tour du monde puis l’arrivée de Tahiti directement en Antarctique où ils vont hiverner à l’île Peterman au même mouillage que Charcot, faire des raids en traîneaux et escalader le mont Scot et le Mont Shackleton. Il faut lire leur livre récemment réédité. Garçons très sympathiques et restés soudés même si l’un vit éloigné à Tahiti, ils vont faire ce pèlerinage sur les lieux qu’ils n’ont pas revisité depuis. Nous recevons d’eux beaucoup de conseils utiles, notamment sur les mouillages (il n’y a pas en effet de guides nautiques ni de cartes détaillées de l’Antarctique).
Lundi 3 Janvier 13h15. Tout est paré. Les vivres sont chargés. C’est l’heure de l’appareillage et des au revoir. Nous allons redescendre le Beagle et retourner à Puerto Williams faire un complément de gasoil (le gasoil Chilien est de bien meilleure qualité que l’argentin et notamment il est bien déparafiné). Ce sera ensuite le grand départ.
Expédié (en retard) d’Ushuaia
aux équipier(e)s, parents et ami(e)s qui ont la gentillesse de s’intéresser à nos aventures marines.
équipage de Balthazar: Jean-Pierre d’Allest, Maurice et Dany Lambelin, Jean-Pierre Merle et Michèle Durand dite Mimiche,